21 juin 2008

Le futur maintenant !

D’ici quelques années, 9 milliards d’humains réclameront chaque jour eau, nourriture, logement, énergie, bien-être… Le développement classique qui propulsa l’humanité jusqu’à la lune au XXe siècle est incapable de satisfaire ces besoins tout en préservant notre unique planète.
Mais le développement durable censé lui succéder reste difficile à appréhender. Comment assurer la transition? Par quoi commencer? Va-t-on connaître la décroissance? Le nucléaire est-il la solution? Comment nourrir 9 milliards de personnes? L’eau va-t-elle manquer comme le pétrole? L’Afrique est-elle condamnée à la pauvreté? Comment maîtriser les changements climatiques?
Les solutions durables existent toutes aujourd’hui. Elles ne peuvent que s’améliorer. Il nous appartient d’entamer leur mise en oeuvre maintenant et non demain.
Ce livre donne les clés nécessaires pour comprendre le développement durable et propose un plan soutenable pour permettre à 9 milliards d’humains de vivre avec davantage de confort que l’homo occidentalus de l’an 2000.
Didactique et précis, l’ouvrage expose également des idées nouvelles, parfois iconoclastes. Il intéressera le lecteur de 17 à 107 ans, novice ou spécialiste, concerné par l’avenir de l’humanité.

Préface de Jean-Pascal van Ypersele

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Laurent Minguet, ingénieur physicien, est un entrepreneur. Après avoir enseigné les mathématiques à Casablanca, étudié les gisements pétroliers à l’Institut français du pétrole, il crée avec son meilleur ami la société EVS, fournisseur de solutions numériques pour les chaînes de télévision, une success story dont la capitalisation boursière dépasse le milliard d’euros. Sa holding Invest Minguet gestion a créé des dizaines d’entreprises en Belgique et au Sénégal dans de nombreux secteurs liés au développement durable: énergies renouvelables, économies d’énergie, bâtiments thermo-efficaces, cultures biologiques, plantations énergétiques, recyclage des déchets…
Il a milité pour le parti Ecolo, sponsorise Greenpeace, les Amis de la Terre et la Fondation pour les générations futures, préside le cluster d’entreprises TWEED (technologies wallonnes pour l’énergie renouvelable, l’environnement et le développement durable) et rédige la lettre électronique NowFuture.org.


Ils en parlent...

  • Trends/Tendances, Editorial, 5 juin 2008 (PDF)

02 mai 2008

L’entreprise et le développement durable


Pourquoi consomme-t-on toujours davantage de piles alors que les accumulateurs sont nettement moins polluants ? Parce que le lobbying contre les «écotaxes» orchestré dans les années 90 par les industries du PVC, des piles et des emballages jetables a fortement miné l’efficacité du mécanisme visant à orienter le consommateur vers le moins mauvais produit pour la planète. Morale de l’histoire? Les politiciens doivent voter des lois contraignantes et les faire appliquer, au risque de déplaire à leurs électeurs. Les problèmes liés au changement climatique intensifient l’urgence à changer de mode de production plus rapidement que ce que les seules règles de marché ne permettent.

Le développement durable vise la satisfaction de nos besoins sans hypothéquer la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. Ainsi, la production d’énergies motrice et calorique, besoins de base universels, n’est pas durable si elle utilise du charbon, par exemple, car la pollution tellurique accumulée et les rejets massifs de gaz à effet de serre handicapent les générations futures et même les nôtres dans la mesure où l’extraction de la houille continue de tuer son lot de mineurs chaque année.

En recherchant la satisfaction des besoins des générations futures et de la nôtre, on englobe implicitement le souci social des plus démunis. On ne peut d’ailleurs pas satisfaire ses besoins égoïstement sans craindre que les pauvres ne se révoltent contre cette injustice. Le besoin de sécurité du nanti ne serait alors pas rencontré. Si nos voisins souffrent d’un dénuement pour de l’eau, de l’énergie, de la nourriture… des tensions apparaîtront sous forme de guerres, d’invasions, d’attentats… La satisfaction des besoins de chacun est nécessaire au développement durable.

Cela ne veut pas dire que chacun doit se serrer la ceinture et consommer avec parcimonie un pétrole ou une nourriture rares. L’austérité n’est pas du développement dès lors qu’elle ne satisfait plus nos besoins. Le développement durable recherche au contraire à les satisfaire avec cette condition supplémentaire de pérennité des solutions.

Le profit, rien que le profit

L’entreprise ne partage pas nécessairement le même objectif. Ses actionnaires recherchent, le plus souvent, l’optimisation du profit en fonction des capitaux investis et du risque qu’ils sont prêts à leur faire prendre. Une entreprise bien gérée tâchera d’optimiser ses profits notamment en réduisant ses coûts ce qui peut être le cas quand elle investit pour économiser de l’énergie ou de la matière dans ses processus de production. Mais elle ne le fera que si elle est convaincue de gagner plus d’argent, éventuellement indirectement, par l’image positive qu’elle peut donner à ses clients, de plus en plus nombreux à être soucieux de développement durable.

Ainsi, une entreprise investira pour remplacer des ampoules à incandescence par des ampoules économiques plus coûteuses mais qui seront amorties en quelques mois. Par contre elle n’investira dans un système de dépollution de ses rejets que si elle y est contrainte par une règlementation dont la taxe ou l’amende dépasse le coût du traitement.

Souvent les entreprises réagissent à ces règles et tentent de les faire changer en invoquant la délocalisation de l’entreprise, l’augmentation du prix du produit ou la pénurie. Ainsi la lutte contre les «écotaxes» orchestrée dans les années 90 par les industries du PVC, des piles, des emballages jetables a fortement réduit l’efficacité du mécanisme visant à orienter le consommateur, via un prix moindre, vers le «bon» produit plutôt que le «mauvais». On consomme donc toujours davantage de piles alors que les accumulateurs sont nettement moins polluants.

L'antidote: le courage politique

Mais l’industriel n’est pas fautif tant qu’il respecte les règles. Il ne fait que défendre sa survie dans un contexte compétitif où ses concurrents ne lui feront aucun cadeau. Ce sont les politiciens qui doivent voter des lois contraignantes et les appliquer au risque de déplaire à leurs électeurs par des mesures impopulaires mais nécessaires. Souvent le courage leur manque. Il est généralement plus facile de perpétuer la mauvaise pratique que d’imposer le changement. Les ONG qui tentent depuis des dizaines d’années d’éradiquer la pratique de l’excision des petites africaines le savent trop bien.

Si la législation environnementale ou sociale devient trop contraignante, l’entreprise peut délocaliser l’activité mise en cause dans des pays plus laxistes. Nous assistons à ce mécanisme depuis longtemps. En 60, les produits étaient souvent «made in Japan», en 70 «made in Singapore», en 80, «made in Taiwan» puis enfin «made in China» au fur et à mesure que le développement de ces pays les rend moins compétitifs que leurs voisins. Gageons que nous verrons prochainement des produits «made in Vietnam» ou «made in Burma» chez Ikea.

La globalisation permet de satisfaire de nombreux besoins à des prix démocratiques. Les bananes restent bon marché mais leur culture maintient des paysans lointains dans la misère.
L’électronique est de moins en moins chère mais la matière et l’énergie qui les composent ne sont pas vraiment renouvelables. L’économiste David Ricardo ne tenait pas compte du dumping environnemental ou social dans sa théorie des avantages comparatifs. Ainsi, l’Europe envoie ses déchets inutilement triés en Inde ainsi que ses vieux rafiots bourrés d’amiante pour s’en débarrasser tout en créant de l’emploi dans le tiers-monde.

Pas de développement durable sans règles internationales

Pour pratiquer le développement durable, les entreprises doivent être contraintes dans des règles internationales comme le réclame le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD). Ainsi, la réduction des gaz à effet de serre n’a de sens que si tous les pays, en ce compris ceux du tiers monde, acceptent une taxe mondiale sur le rejet d’une tonne équivalent CO2 permettant de financer la décarbonisation de l’économie internationale. Autrement, l’Europe continuera à jouer les Tartuffe en important des produits «made in Salopia» et en y exportant ses déchets.

Nous pensons à tort que la bonne pratique ou le produit durable est forcément plus cher. C’est effectivement souvent le cas puisque sa production utilise des matériaux ou de l’énergie qui ajoute le critère durable à ses spécificités. Ainsi un châssis de bois FSC, label de durabilité forestière, coûtera quelque pour cents de plus que celui fabriqué avec du bois extrait de manière minière au Congo. Un légume bio, refusant l’emploi de traitements phytosanitaires polluants, coûtera aussi 10% à 20% de plus.

Par contre, la production d’acier au Brésil est moins chère en utilisant du charbon de bois renouvelable issus des forêts FSC d’Arcelor plutôt que de fabriquer du coke avec du charbon fossile importé. De même, la production de bois énergie dans les pays tropicaux permettrait d’alimenter des centrales thermiques pour produire de l’électricité trois fois moins chère que celle produite par les actuelles centrales au fuel lourd (et très polluant).

Du temps et de la volonté

Qu’attend-on pour généraliser ces processus ? Rien, ils sont en marche, mais la transition de la production d’énergie vers une autre prend 20 à 30 ans. Il y a 50 ans, on chauffait les bâtiments au charbon, il y a 30 ans au mazout, aujourd’hui au gaz et demain à la biomasse avec de la cogénération, car il est plus efficient et plus rentable de valoriser la chaleur coproduite avec l’électricité au moyen de réseaux de chauffage urbain. Il faut simplement du temps pour mettre en œuvre ces techniques et la volonté de mieux faire.

Nous pensons également à tort que l’énergie renouvelable est limitée, contrairement aux énergies fossiles et nucléaire. C’est l’inverse. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le stock d’énergie conventionnelle est de 930 Gtep, soit 80 années de consommation mondiale au rythme actuel qui grandit chaque année. Les plus optimistes prétendent qu’il suffira de creuser plus profond ou plus loin pour continuer à en extraire. C’est vrai tant que l’énergie nécessaire à extraire une tonne de pétrole reste inférieure à l’énergie que ce pétrole génère.

A l’inverse, les énergies du soleil, le rayonnement et ses dérivés (vents, courants marins, biomasse, hydroélectricité) sont 6.000 fois supérieures à la consommation mondiale. Il suffirait donc de capter un millième de l’énergie qu’on reçoit chaque année pour multiplier par six l’offre énergétique sur la planète, renouvelable et non polluante. Mais aujourd’hui, en Belgique, la production d’électricité photovoltaïque coûte 10 fois plus cher que celle produite avec une centrale TGV. Celle d’une centrale solaire au sud de l’Espagne coûte encore le double. C’est évidemment sans compter sur le coût des externalités, dont la pollution générée par les gaz à effets de serre que les producteurs ne doivent pas assumer.

Induits par le marché seul, les changements requis sont trop lents

Cependant, il est inéluctable que le prix des combustibles fossiles augmente à long terme au fur et à mesure de leur rareté. Le prix de l’énergie qu’il génère en sera impacté à un point tel que, progressivement, les différentes techniques de production d’énergie conventionnelles perdront leur compétitivité face aux énergies renouvelables comme c’est déjà le cas pour la biomasse en zone tropicale ou l’hydroélectricité au Canada.

Les problèmes liés au changement climatique intensifient l’urgence à changer de mode de production plus rapidement que ce que les règles de marché ne l’imposent tant qu’une instance suprême n’ajoute pas le coût des externalités aux énergies conventionnelles.

Quoiqu’il en soit, le recours à davantage de technologies pour répondre aux défis du développement durable caractérisera sans doute l’industrie du XXIe siècle. Les exemples sont nombreux. Il faudra notamment fournir 10 milliards de tep (tonne équivalent pétrole) d’énergie renouvelable supplémentaires, inventer le véhicule qui ne pollue pas (ou peu), généraliser les pratiques agricoles durables, avec le défi de mieux nourrir 3 milliards de personnes supplémentaires tout en maintenant suffisamment de biodiversité sur la planète.

Tout un programme.

Laurent Minguet

02 avril 2008

Quelle biomasse pour la Belgique?

C’est aux gouvernements qu’il appartient de prendre les décisions nécessaires pour que la production, le transport, le stockage et la distribution de bois énergie puisse naître au niveau mondial, dans un environnement actuellement hostile, afin de réduire la pression sur les prix de l’énergie et d’entrer enfin dans l’ère du renouvelable.

La Belgique est un petit pays surpeuplé de l’OCDE de 3 millions d’hectares (Mha) dont 1,7 Mha agricoles et 0,5 Mha de forêts. La Belgique consomme en moyenne par an 650 millions de Méga Watt heure (MWh) – importés à 97 % dont 75% d’énergie fossile – soit environ 220 MWh d’énergie primaire annuelle à l’hectare, dix fois plus que la Chine ou les USA.

Sachant qu’un ha produit au mieux 60 MWh d’énergie primaire, sous forme de bois-énergie, toute la surface de la Belgique ne suffirait pas à couvrir nos seuls besoins énergétiques.

Fondamentaux biologiques

Chez nous, le bois énergie ou biocombustible (taillis de saule à rotation de 5 à 10 ans, maïs, paille…) permet une production de 12 tonnes de matière sèche/ha soit environ 50 à 60 MWh.

Un ha de bonne terre produit environ 10 tonnes de sucre de betterave ou 8 tonnes de froment soit entre 30 et 40 MWh dont il faut déduire une bonne moitié consommée par les intrants nécessaires à l’agriculture (engrais, pesticides, mazout agricole, tracteurs…) et par la distillation dans une centrale comme Biowanze. La filière des agrocarburants qui consiste à produire du bioéthanol au départ de betteraves ou de froment ne permet guère de produire plus de 15 MWh net /ha.

En consacrant un maximum de 400.000 ha aux agrocarburants, soit 25% des terres agricoles, la Belgique produirait seulement un demi-million de tonnes d’équivalent pétrole (TEP) par an, soit 5% de notre consommation pétrolière de transport (10 Mt) ou 2% de nos importations pétrolières (24 Mt).

Si toute l’Europe était plantée de cultures destinées à la production d’agrocarburants, elle pourrait subvenir à 20% de ses besoins de transport. Les 1.600 Mha agricoles mondiaux pourraient fournir 2 milliards de tonnes annuelles d’équivalent pétrole soit ce que consomment les transports sur une planète condamnée à mourir de faim…

La directive européenne agrocarburant s’est «plantée trop vite». L’UE aurait dû lui préférer une directive biocombustibles. Si les véhicules ne roulent pas au bois, ce dernier permet l’économie du mazout de chauffage, ce qui revient au même au point de vue de la balance des importations.

En zone tropicale, les rendements en biocombustibles (eucalyptus, leucena, acacia…) sont d’environ 75 à 100 MWh /ha par an. Quant aux agrocarburants, on atteint 2 tonnes à l’hectare, soit 25 MWh par an avec l’huile de palme ou de jatropha. Du simple au triple ou au quadruple.

Fondamentaux économiques

La production de fourrage est celle qui demande le moins d’investissement et de travail. On peut espérer récolter 10 t à 100 €/t par hectare « cultivé », soit un produit de 1000 € pour des frais entre 200 € et 300 €. Le bénéfice moyen est ainsi de 750 €/ha.

Mais l’agriculteur préfèrera planter du maïs de fourrage. Il obtiendra 45 t de matière humide à 45€/t soit 2.000 € de revenu brut. Déduction faite des frais, le bénéfice sera de 1.000 à 1.200 €/ha.

La production de froment permet d’obtenir 8 à 10 tonnes à 200 € aujourd’hui - le prix était inférieur à 100 € en 2003 – soit jusqu’à 2000 € de revenu pour 600 € à 700 € de frais. Le bénéfice est d’environ 1.100 €/ha.

Aujourd’hui, c’est la vache, laitière ou viandeuse, qui est en tête. Une bonne génétique donne 10 m³ de lait par an et se nourrit sur un hectare. Le produit est vendu à 350 €/m³ soit 3.500 € de revenu brut avec des frais d’environ 50%. Le bénéfice moyen est de plus de 1.600 €/ha.

Planter des arbres n’est guère rémunérateur. Au mieux, une production de 60 MWh valorisée à 15 € /MWh génère seulement 900 €/ha de revenus. C’est assez injuste quand on sait qu’un MWh de bois permet d’économiser un MWh de mazout qui coûte 50 €. Le bois est beaucoup trop bon marché.

Commerce équitable

Sous les tropiques, il existe de vastes zones en voie de désertification qu’il faudrait reboiser. On pourrait y installer des centaines de millions d’hectares de culture de bois énergie en prenant soin de renforcer la durabilité des sols et la biodiversité nécessaire aux plantations pérennes.

On procèderait alors à des échanges. Les sols africains, par exemple, ne donnent guère plus d’une tonne de céréales par hectare (riz, en produisant au passage 10 t eqCO2 de méthane, gaz à effet de serre 21 fois plus «réchauffant» que le CO2). Il conviendrait de définir un terme d’échange équitable, par exemple 1 tonne de blé contre 3 tonnes de bois.

Abstraction faite du transport, le producteur d’un hectare de froment (9 t/ha) recevrait 27 t de bois et le paysan africain de bois énergie (15 t/ha), 5 t de céréales. Cette multiplication des pains n’est que l’application du bon vieux principe des avantages comparatifs de Ricardo. Chacun doit faire ce qu’il fait de mieux pour optimiser la production globale.

Les sceptiques objecteront que le coût du transport est rédhibitoire. C’est faux. D’abord, le transport d’énergie est une réalité. Le transport intercontinental d’une tonne de pétrole autoconsomme au moins 5% de son énergie. Pour le gaz, il faut compter entre 10% et 20%. Le transport du bois énergie devrait consommer 10% environ…de bois car rien n’empêcherait que les bateaux fassent tourner leurs turbines à la biomasse. Quant au transport routier, un trajet aller retour de 100 km coûte 10 kWh de pétrole par MWh transporté, soit 1%.

Pour conclure…

La nature produit spontanément 600 milliards de MWh annuels de biomasse. C’est plus de quatre fois la quantité mondiale d’énergie primaire consommée actuellement. A n’en point douter, le bois énergie sera un vecteur énergétique et une source d’énergie renouvelable majeure au XXIe siècle. Mais sa mise en œuvre demandera un développement d’infrastructures comparables à celles qui ont été réalisées pour le charbon, le pétrole, le gaz et l’uranium. Les techniques de conditionnement du bois-énergie doivent également progresser.

Peut-être ne doit-on pas trop compter sur les fournisseurs d’énergie traditionnels. C’est aux gouvernements qu’appartiendront les prises de décisions nécessaires pour que la production, le transport, le stockage et la distribution de bois énergie puisse naître au niveau mondial dans un environnement hostile afin de réduire la pression sur les prix de l’énergie et d’entrer enfin dans l’ère de l’énergie renouvelable.

Laurent Minguet

03 mars 2008

Avons-nous tous des ampoules aux mains?

Remplacer ses ampoules classiques par des ampoules économiques représente un investissement amorti en 6 mois seulement et qui rapporte du 200% par an pendant plus de 5 ans. Impossible de trouver un meilleur rendement pour votre épargne!


Les ampoules classiques ou à incandescence consomment beaucoup d’électricité pour peu de lumière (environ 12 lumens/watt) comparé aux ampoules économiques ou fluorescentes compactes (environ 60 lumens/watt). En pratique, une ampoule classique de 100W peut être remplacée par une ampoule économique de 20W pour produire la même lumière.

Les premières ampoules économiques – ainsi que certains modèles ultérieurs de mauvaise qualité – présentaient le défaut d’un allumage lent. Il fallait parfois plusieurs minutes pour atteindre la puissance lumineuse maximale. Un autre inconvénient est une couleur plus froide, plus artificielle. Ces problèmes sont entièrement résolus avec une lampe comme la Philips Génie qui arrive en tête de la récente étude réalisée par Test-Achats, laquelle a comparé une quarantaine de modèles (1).

De telles lampes ont une durée de vie moyenne d’au moins 6.000 heures pour un prix d’environ 6 euros. Elles coûtent donc 1 euro pour 1.000 h, ce qui correspond à la durée moyenne d’utilisation par an. Les ampoules classiques, elles, durent 1.000 h pour un prix de l’ordre d’un euro. Classiques et économiques coûtent donc sensiblement le même prix : un euro par an.

Par contre, et c’est là que le fossé se creuse, une ampoule de 100 W qui brille 1.000 h consommera 100 kWh, soit 15 euros d’électricité à 0,15€ le kWh. C’est 15 fois plus que son prix.

En la remplaçant par une ampoule économique de 20 W, on économise 80 kWh d’électricité, soit 12 euros par an. L’investissement est donc remboursé en 6 mois et rapporte du 200% par an pendant plus de 5 ans. Impossible de trouver un meilleur rendement pour votre épargne.

Soit dit en passant, une telle ampoule économique épargne chaque année autant d’électricité que 100Wc de panneau solaire photovoltaïque (PV) qui coûtent tout de même à la collectivité 700 € htva d’après un récent rapport de la Commission wallonne pour l’énergie (CwaPE). Même avec la prime de 20% du plan Solwatt et la déductibilité fiscale de 40%, votre investissement sera de 340 € pour un retour annuel garanti de 50 € en certificats verts et électricité soit un rendement économique de 15%.

Il est donc écologiquement et économiquement beaucoup plus intéressant de remplacer ses vieilles ampoules avant tout autre investissement.

D’un point de vue macroéconomique, d’après un rapport du Conseil fédéral pour le développement durable, l’éclairage des ménages belges consomme chaque année environ 5,7 TWh (milliards de kWh).

En généralisant les ampoules économiques dans tout le pays, on pourrait atteindre une économie annuelle de 4 TWh, soit 5% de la consommation totale d’électricité de la Belgique ou 2 fois celle du Sénégal. C’est la production annuelle d’une centrale TGV de 500 MW , de 2.000 grandes éoliennes de 1,8 MW ou de 40 millions de m2 de PV (8.000 terrains de football)

En comptant une production moyenne de 325 grammes de CO2 par kWh électrique consommé, 4 TWh d’économie évitent la production de 1,3 million de tonnes de CO2 soit environ 1% du CO2 que rejette la Belgique chaque année. Une contribution significative dans le cadre de l’objectif belge de réduction de nos émissions dans le cadre du protocole de Kyoto.

Il y a tout juste un an, l’Australie annonçait l’interdiction des ampoules classiques dès 2010. Le Canada a rapidement suivi et la France vient d’annoncer la même mesure (2).

Ne serait-ce pas la priorité du gouvernement belge, qui consacre trop de temps aux problèmes institutionnels et pas assez aux mesures simples et radicales en faveur du développement durable?

Laurent Minguet


(1) Parmi les lampes de 18 à 21 W, c’est le modèle Philips Genie qui s’est révélé le meilleur du test réalisé par le magazine de l’association de défense des consommateurs. Le titre de Maître-Achat revient cependant à Ikea SU 320 (5,99€) et Prolight Mini Lampe éco (4 à 6,95€). Dans le groupe des lampes de 10 à 15 W, Osram Duluxstar est sortie du lot. Trois lampes se partagent toutefois le titre de Maître-Achat : Hema Mini Lampe économique (4,75€), Paulmann Mini Electronic (5 à 6,10€) et Attralux Energy Saving Lamp (3,69 à 5,49€).

(2) Et ils ne sont pas les seuls.

10 février 2008

Les réseaux de chaleur refont surface

Un article récent, paru dans le quotidien économique belge L'Echo sous la plume de Gérard Guillaume, fait le point sur les projets de réseaux de chaleur en Belgique. Comme on le voit, notre plan belge de cogénération à la biomasse présenté à l'automne 2006 fait son chemin dans les esprits!

Comme toute réponse alternative aux productions inconsidérées d'énergie, les réseaux de chaleur et la cogénération ont leur «facilitateur», chargé par la Région wallonne de prêcher la bonne parole et de «faciliter», dans les collectivités comme auprès des particuliers, les bonnes décisions qui s'imposent. En l'occurrence, ils s'appellent Ismaël Daoud et Stéphanie Marchandise et travaillent parallèlement au sein de deux ASBL incontournables sur l'utilisation rationnelle de l'énergie en Région wallonne: Cogensud et l'Icedd (Institut de conseil et d'études en développement durable). Ils boivent évidemment du petit lait à tout nouveau lancement d'installations de cogénération. Citant les extraits du plan belge de cogénération esquissé par Laurent Minguet en octobre 2006, Ismaël Daoud interroge: «vision géniale ou utopie?»
A l'appui de sa réponse qui fait peu de place au doute, il cite les réalisations existantes: Saint Ghislain (Idea), Châtelet (Régie des chauffages urbains), Droixhe (Electrabel), Charleroi (Socageth), Sart Tilman (ULg), Anton (Spaque)… Il aligne aussi les projets en cours: cogénération par biométhanisation pour le Bep de Namur (Assesse), Seronvalle (Paifve), Biogaz Haut Geer, cogénération au bois à Chimay, à la piscine de l'Orient (Tournai), cogénération biomasse à Wanze (Biowanze), à l'huile (Barvaux), au bois (Amay) ou au gaz (Mettet).
Plus explicite encore: pour une zone résidentielle de 239 logements à construire à Forest, il a chiffré et comparé les coûts d'un réseau potentiel de 1.360 m alimenté en cogénération au gaz de 99 kWé (kilowatt électrique) et 160 kWth (kilowatt thermique) et deux chaudières de 500 kWth. Le total de l'investissement
collectif se chiffre à 624.000 euros, à comparer au coût de 239 unités de chauffe, soit 1.175.500 euros: un différentiel de 40%, sans même envisager l'appoint de certificats verts.
Cela suppose bien sûr qu'une série d'opportunités soient rencontrées: proximité (2 km) de gros consommateurs, zone d'habitat ou industrielle envisagée, présence d'un producteur de chaleur (unité de cogénération industrielle à proximité d'un village), bâtiments distants gérés par une même entité, bonne combinaison des besoins thermiques (coexistence de bureaux et logements par exemple).
L'idée en tout cas fait son chemin: l'Union européenne finance Cogen challenge dans le cadre du programme Energie intelligente pour l'Europe, avec le concours de neuf organisations. Autant le savoir, pour prendre le train en marche!
Gérard Guillaume


L'article en PDF

25 septembre 2007

2030, odyssée de la cogénération urbaine

Chauffer, refroidir et électrifier nos villes en 2030 à l’énergie renouvelable, c’est possible, pas cher et cela peut rapporter gros. Tant pour l'environnement que le portefeuille des investisseurs, que ceux-ci soient publics ou privés.

La moitié des bâtiments de Paris, et plus encore à Copenhague, sont chauffés par réseau de chaleur. Et en Belgique? Rien ou presque. Or on pourrait construire environ 1000 centrales électriques à biomasse d’une puissance moyenne de 14 MW. Moyennant l’installation de 50.000 km de réseau le long des voiries, 80% des Belges seraient reliés aux réseaux de chaleur. Utopie? Pas du tout: grâce aux certificats verts, une centrale de 14 MW donne un taux interne de rentabilité de plus de 20%. Soit nettement mieux qu’un projet éolien.


Lire notre article à paraître dans un Cahier de la Cambre intitulé «2029, Pentagonie».

01 juillet 2007

Un plan «bois contre nourriture» entre l’Europe et l’Afrique

Le défi climatique – et donc énergétique – que le monde affronte aujourd’hui offre une gigantesque opportunité de développement économique et humain aux régions subtropicales, véritable gisement renouvelable d’énergie et de matériau trop souvent géré de manière anarchique. Or la production naturelle de bois des forêts subtropicales et équatoriales dans le monde correspond chaque année à la moitié de l’énergie primaire mondiale.

Un nouveau rapport de NowFuture.org, téléchargeable ci-dessous en PDF, entend démontrer qu’une sylviculture durable labelisée FSC, sans recours aux OGM, sans intrants, engrais ni pesticides, permettrait à la fois de lutter contre la désertification, de produire du charbon de bois et de l’électricité durable pour les autochtones, et d’exporter du bois-énergie en Europe selon les termes d’un nouveau commerce équitable Nord-Sud bénéficiant largement aux deux parties.

La Casamance, au Sénégal, pourrait constituer une excellente zone pilote. Vu la facture pétrolière actuelle du Sénégal, de nouvelles centrales électriques au bois permettant de subvenir aux besoins présents du Sénégal seraient rentabilisées en 6 ou 7 ans à peine.

Un commerce équitable Nord-Sud pourrait également se développer si le prix d’achat de bois sec subtropical s’établissait entre 20 € et 30 € la tonne, soit un prix rendu (transport par bateau inclus) de 45 € à 60 €. Un tel prix resterait très compétitif sur un marché européen, où la tonne de biomasse se négocie aujourd’hui entre 70 € et 90 €. A ce prix, les exploitants pourraient compter sur des revenus annuels bruts d’environ 400 € à 500 € par ha (contre actuellement 100 €/ha pour la culture de riz), et probablement davantage dans le futur.

Pour équilibrer la balance commerciale, l’Europe et l’Afrique auraient tout intérêt à pratiquer ce commerce dans le cadre d’un plan «bois contre nourriture». En échangeant par exemple 1 tonne de blé européen contre 2 tonnes de bois africain, abstraction faite du transport, les Africains obtiendraient 10 tonnes de céréales et les Européens 20 tonnes de bois à l’hectare exploité localement. Soit de 3 à 10 fois plus que les rendements actuels pour chacune des deux parties.

Le potentiel de marché pour les pays africains concernés s’élève à 1,6 gigatonnes équivalent pétrole (Gtep), soit 100 à 150 milliards d’euros par an – sans compter les économies réalisées sur les importations de pétrole. Un montant deux à trois fois supérieur à toutes les exportations actuelles de tous les pays concernés du Golfe de Guinée et d’Afrique centrale. Les emplois et la richesse générés par ces activités permettraient de lutter efficacement contre la misère et les tensions des zones pauvres, à condition que l’Europe participe au développement des infrastructures de transports et de production d’énergie.

Table des matières

1. Introduction
2. Biomasse en zone subtropicale
3. Culture de bois-énergie en Afrique
4. Intérêt de la sylviculture contre la désertification
5. Utilisation de bois pour la production d’électricité
6. Utilisation de bois pour la production de charbon de bois
7. Utilisation de bois pour l’exportation vers l’Europe
8. Comparaison des potentiels européens et subtropicaux
9. Bénéfices mutuels
10. Potentiel du marché du bois-énergie en Afrique
Bibliographie


Téléchargez le rapport «Production de bois-énergie en zone subtropicale» en PDF.